Les « 108 heures » des PE : kesako ?

Les enseignants du premier degré sont tenus d’assurer, sur l’ensemble de l’année scolaire, un service de 24 heures par semaine face aux élèves. À cela s’ajoutent 108 heures annuelles (soit 3 heures par semaine en moyenne) pour accomplir d’autres missions. Bien évidemment, la CFDT Éducation sait que les professeur·e·s des écoles font largement leurs heures. Néanmoins, décryptons la ventilation de ces 108 heures.

18 heures de formation continue

Dix-huit heures sont prévues pour des actions de formation continue et des animations pédagogiques. Une partie peut se faire à distance. Il est possible de remplacer 9 heures d’animations pédagogiques par des Réunions d’Informations Syndicales (RIS).

A la rentrée 2026, la formation continue va subir des changements importants, avec une programmation sur quatre ans, élaborée en fonction des besoins des équipes pédagogiques et selon des modalités variées (résidences pédagogiques, constellations, anim’ péda’ classiques, etc.).

La CFDT Éducation veillera à ce que ces nouvelles modalités respectent bien les besoins des collègues et que ce ne soit pas le directeur ou la directrice de l’école qui se retrouve en charge de l’animation de ces temps de formation.

36 heures d’Activités Pédagogiques Complémentaires (APC)

Les APC sont un moment où l’enseignant·e travaille de manière adaptée à leurs besoins avec un groupe restreint d’élèves. Ainsi, il ou elle doit susciter ou renforcer le plaisir d’apprendre. Les enseignant·e·s peuvent aider les élèves en difficulté, les accompagner dans leur travail personnel ou leur proposer une activité prévue dans le cadre du projet d’école.

Depuis 2019, les enseignants qui font passer les évaluations nationales peuvent déduire 6 heures d’APC. La CFDT Éducation aurait préféré que ce travail supplémentaire soit reconnu par une compensation financière plutôt que sur du temps pris aux élèves.

48 heures forfaitaires

Par ailleurs, les enseignants doivent consacrer 48 heures au travail « annexe » :

  • travaux en équipes pédagogiques
  • relations avec les parents
  • élaboration et suivi des Projets Personnalisés de Scolarisation pour les élèves handicapés
  • etc.

Les enseignants n’ont pas à justifier précisément du contenu de ces 48 heures forfaitaires.

6 heures pour les conseils d’école

Enfin, 6 heures doivent être affectées à la participation des enseignant·e·s aux conseils d’école.

Que peut-on déduire des 108 heures ?

Si, dans votre classe, vous avez un (ou plusieurs) enfants handicapés bénéficiant d’une aide humaine, retirez 6 heures (des 48 h) :

Afin de reconnaître le temps nécessaire aux enseignants du premier degré pour dialoguer avec les parents et responsables légaux, ainsi qu’avec les personnels médico-sociaux le cas échéant, quand un ou plusieurs élèves en situation de handicap sont scolarisés dans une même classe de l’école primaire, un volume horaire de 6 heures est pris sur les 48 heures relevant des obligations réglementaires de service. (Circulaire de rentrée école inclusive)

Si vous avez fait passer des évaluations nationales, retirez 6 heures des 36 h d’APC :

Suivant une instruction reçue du Directeur général de l’enseignement scolaire, nous pouvons retirer six heures sur le temps d’Activités Pédagogiques Complémentaires (APC) pour la saisie des réponses des élèves.

Vous êtes directeur ou directrice d’école :

Vous êtes déchargé·e des 36 heures d’APC. Cela est inscrit dans le Code de l’éducation :

VI. – Le directeur administre l’école et en pilote le projet pédagogique. Il est membre de droit du conseil école-collège mentionné à l’article L. 401-4. Il ne participe pas aux activités pédagogiques complémentaires de son école, sauf s’il le souhaite.

Vous êtes « chargé·e d’école » :

Pas d’APC, comme le précise un message du Ministère d’octobre 2022 :
À la suite d’interrogations soulevées par plusieurs d’entre vous, nous vous confirmons que les chargés d’école sont soumis aux nouvelles dispositions sur les activités pédagogiques complémentaires prévues par la loi n° 2021-1716 du 21 décembre 2021 créant la fonction de directrice ou de directeur d’école, et ne peuvent donc se voir imposer la réalisation de ces activités.

Vous êtes PE stagiaire dans l’Académie de Strasbourg :

A temps plein : vous êtes soumis au même régime que les titulaires mais êtes dispensé·e des APC.

A mi-temps : vous devez réaliser la moitié des 108h (y compris 18h d’APC).

Vous êtes enseignant·e spécialisé·e en Rased ou Ulis :

Le temps consacré par les enseignants spécialisés chargés d’une ULIS ou d’un Rased à la concertation aux travaux en équipes pédagogiques, aux relations avec les parents ou à la participation aux conseils d’école est égal à 108 heures annuelles.

Donc ni APC, ni anim’ péda’ obligatoires.

Vous travaillez à temps partiel :

Quand on est à temps partiel, on doit suivre les différentes composantes des 108 h au prorata du temps travaillé à l’école.

Par exemple, pour les animations pédagogiques, si on est 50 % en classe, alors 18 h × 0,50 = 9 h d’anim’péda’.

Si on travaille sur plusieurs écoles, alors, on doit partager les 108 h entre ces différentes écoles au prorata du temps passé devant élèves dans chaque école.

L’avis de la CFDT Éducation sur les 108 h

La question du temps de travail des professeur·e·s des écoles est un serpent de mer car nous savons toutes et tous que notre temps de travail ne se limite pas aux obligations réglementaires et que le temps de préparation, d’évaluation, de suivi des élèves, de relations aux parents… est exponentiel.

Aujourd’hui encore, dans la vraie vie des écoles, le cadre des 108 heures annualisées explose et ne correspond plus aux exigences du métier. Conseil école-collège, handicap (PPS), nouveaux rythmes, nouveaux programmes, plus de maîtres, scolarisation des moins de trois ans, GEVASCO, PAP, PAI, PPRE… à chaque fois qu’une nouvelle prescription arrive dans les écoles, le ministère répond « 108 heures », comme si ces dernières étaient extensibles à l’infini.

Qu’en est-il du temps réel de travail des profs des écoles ?wingz

Nous vous renvoyons vers cet article de la fédération, un peu ancien, certes, mais toujours d’actualité : « le temps de travail : un vrai sujet pour les professeurs des écoles ».

 

Et les 10 minutes d’accueil, on en parle ?

Rendre visible tous les temps de travail invisibles ! Pour les « 10 minutes », cela semble intéressant !

10 min × 2 demi-journées × 4 jours × 36 semaines = 48 heures… Si nous pouvions les déduire des 108 heures, il n’en resterait plus grand-chose 😉

Cependant, ce temps d’accueil est une obligation de service des enseignant·e·s, inscrite au Code de l’éducation. Voici pour information la réponse du Ministère sur ce point lorsque nous lui avons rappelé qu’il s’agit d’un temps de travail non rémunéré :

« Ainsi, sous réserve que les obligations de service ne dépassent pas la durée légale du travail (les 35 heures !), il est loisible au pouvoir réglementaire (le ministre), dans le cadre de son pouvoir d’organisation du service, d’imposer aux personnels enseignants d’autres obligations que celles du décret du 30 septembre 2008. Il résulte donc de ce qui précède que l’accueil des élèves dix minutes avant l’entrée en classe entre bien dans les obligations de services des personnels enseignants du 1ᵉʳ degré. »

La CFDT continue de se battre pour que tous les temps invisibles des PE soient rendus visibles et rémunérés.

Moins de temps face aux élèves, plus pour les concertations

La CFDT considère que les obligations règlementaires de service de 2014 ne constituent qu’une première étape. En effet, elles reconnaissent enfin certaines missions en dehors de la classe. Il est nécessaire aujourd’hui d’aller plus loin. Pour les personnels enseignants du 1ᵉʳ et du 2ᵈ degré d’une part, comme pour les enseignant·e·s-chercheur·e·s de l’ESR d’autre part, la CFDT réaffirme l’objectif d’un corps unique et non « uniforme ». Ce corps unique est un gage de cohérence et de prise en compte de spécificités professionnelles. C’est pourquoi la CFDT revendique en particulier dans le 1ᵉʳ degré, une baisse du temps de face-à-face pédagogique hebdomadaire et une redéfinition des 108 h.

Des équipes autonomes

La circulaire du 27 août 2020 est une « arme » forte pour obtenir un peu d’autonomie sur la mise en place des 108 h. En effet, le point 2 de ladite circulaire explique : « les directeurs d’école ont, avec les équipes pédagogiques, la pleine responsabilité de la programmation et de la mise en œuvre des 108 heures dans le respect de la répartition réglementaire. »

 

Pour aller plus loin

Voici un exemple de tableau pour organiser les 108 h en équipe (et essayer de ne pas en faire plus) : Calendrier annuel des temps de concertation.